Delphine Bardon
 
La méthode
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"Oser exprimer à temps sa colère ou son désaccord est une des clés de la non violence." Thomas d'Ansembourg. Etre heureux ce n'est pas nécessairement confortable. Les éditions de l'Homme

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La méthode Gordon

 

Le Message-je

 

Article paru sur le Message-Je sur le site des Super Parents

Plus qu’une méthode l'approche de Thomas Gordon est avant tout une philosophie des rapports humains. Je la résumerais en 4 points :
  1. Les parents sont des êtres humains !
  2. Pour mieux communiquer il convient d’identifier « a qui appartient le problème »
  3. Nous devons sortir du rapport de force pour résoudre les conflits sans perdant
  4. Nos besoins sont la clé de nos problèmes

 

Pour mieux communiquer il convient d’identifier « à qui appartient le problème »

A moins de vivre seul au fond d’une grotte, nous avons chaque jour (ou presque) des interactions avec notre entourage (enfants, conjoint, voisins, amis, collègues, parents, commerçants, enseignants…). Pour de multiples raisons, nous allons plus ou moins apprécier ces interactions, selon qu’elles nous semblent réjouissantes, agréables, déplaisantes, inconfortables ou carrément pénibles. Pour Thomas Gordon nous percevons le monde à travers une fenêtre qui nous est propre : notre fenêtre d’acceptation.

Ainsi, selon que nous acceptons ou non les comportements auxquels nous sommes confrontés, nous allons les classer en deux catégories (comportements acceptables/inacceptables). Si par exemple ma fille de 3 ans écrit sur une feuille de papier blanc, cela ne me pose pas de problème. Son comportement est acceptable pour moi. Si en revanche ma fille de 3 ans écrit sur les murs du salon, son comportement me pose problème. Il devient donc inacceptable pour moi. Ce sont nos ressentis face aux comportements de notre entourage qui nous indiquent si nous sommes ou non dans l’acceptation.

Les ressentis désagréables ou inconfortables comme la colère, la tristesse, l’impatience, le dégoût, l’inquiétude ou la peur nous disent clairement que quelque chose ne nous convient pas dans la situation. A l’inverse, les sensations de joie, de fierté, d’enthousiasme, de plaisir ou de détente nous indiquent que tout est OK pour nous. Là où ça se complique c’est que notre seuil d’acceptation bouge ! Ainsi je peux tout à fait me trouver très contrariée de voir ma fille de 3 ans écrire sur les murs du salon le lundi (parce que j’ai passé une mauvaise journée, je suis fatiguée, préoccupée, j’ai mal à la tête, je me dis que c’est la 15ème fois que je lui répète d’écrire sur une feuille et que décidément elle n’écoute rien ou que je suis vraiment nulle en « parentalité positive » ! …) et être totalement zen dans la même situation le mardi (parce que j’ai passé une super journée, je suis en pleine forme et je me dis que c’est une formidable occasion de refaire les peintures !). Et tout cela précisément parce que nos humeurs changent, le contexte et l’environnement changent et que nous n’avons pas non plus les mêmes réactions selon l’enfant que nous avons en face de nous (selon son âge, son sexe et notre affinité avec lui). Bien entendu, le seuil d’acceptation de nos enfants varie lui aussi, pour ces mêmes raisons, et cela donne une multitude de situations qui évoluent (heureusement !) tous les jours. Et c’est là que l’art de la communication entre en jeu.

A partir du moment où nous ne pouvons pas être constants, l’idée pour avoir de bonnes relations avec nos enfants n’est pas d’apprendre à le devenir (ce serait tout bonnement impossible, voire dangereux pour notre santé mentale) mais d’apprendre à… communiquer !

L’idée est simple : quand je suis gênée par le comportement de l’enfant (ce qu’il dit ou fait), c’est que le problème m’appartient. Il me revient donc la responsabilité de lui faire savoir. J’ai plusieurs possibilités pour le faire. Chacune d’elles ayant un effet plus ou moins souhaitable pour moi, pour l’enfant et pour notre relation…

Reprenons l’exemple de ma fille de 3 ans qui écrit sur les murs. Disons que c’est la troisième fois que je la surprends à le faire, que je lui ait dit que je ne voulais pas qu’elle le fasse, que je suis découragée à l’idée de passer du temps à nettoyer et que je commence vraiment à perdre patience. Mon intention est de lui donner envie d’arrêter et de choisir des feuilles blanches vierges (par exemple) plutôt que les murs pour exprimer sa créativité !

  • Je peux choisir de lui dire de manière frontale : « ça fait 15 fois que je te demande d’arrêter, tu le fais exprès ou quoi ?! »
  • Ou bien de manière indirecte : «on t’a jamais appris qu’il existe des feuilles pour écrire ? »
  • Ou encore légèrement culpabilisante: « tu t’en moques bien du temps que je vais passer à nettoyer tes bêtises ! »

Précisons que dans cette situation, ma fille n’a absolument pas conscience de faire quelque chose de « mal ». Pour elle c’est une expérience, une activité comme une autre. Elle n’a aucun problème avec le fait d’écrire sur les murs et ne sait pas que cela peut me déranger (ni pour quelle raison). De mon côté, je suis vraiment découragée (ou irritée) et je veux vraiment provoquer une réaction chez elle.

Dans le premier cas, excédée de voir la même situation se répéter, j’exagère les faits (« ça fait 15 fois ! ») et je prête à ma fille une intention (« tu le fais exprès ou quoi ? ») qu’elle n’a certainement pas : l’intention de me désobéir, de me provoquer, de « tester mes limites »… S’il vous est arrivé de recevoir ce type de message, vous savez comme moi à quel point être accusé de vouloir intentionnellement causer du tort aux autres (et en particulier à quelqu’un qu’on aime, comme sa maman) alors que ce n’est pas le cas, peut générer un sentiment d’injustice, d’incompréhension, de colère et donner envie soit de se replier sur soi, soit de devenir réellement « méchant » (c’est-à-dire adopter volontairement le comportement qui nous est reproché).

Dans le second cas, elle va sûrement sentir le mécontentement dans ma voix sans vraiment comprendre ce qui me gêne dans son comportement, ni ce que j’attends d’elle. Ce deuxième message est clairement ironique, or l’ironie est totalement hors de portée du cerveau d’un tout petit ! Et même face à quelqu’un qui saisit le second degré, l’ironie n’est pas le moyen le plus clair et le plus sain pour se faire comprendre car la demande reste sous-entendue.

Dans le dernier cas, mon message est chargé de reproches et je pars du principe qu’elle n’a aucune considération pour mes besoins sans même les lui avoir exprimés. Non seulement ma fille entend que ce qu’elle prend pour une expérience comme une autre est une « bêtise », sans comprendre en quoi c’en est une mais en plus elle entend que je n’ai pas confiance en sa capacité à tenir compte de mon bien être (« tu t’en moques bien … »).


Les exemples que j’ai choisis sont typiques des phrases que l’on peut dire sous le coup de la colère ou de la fatigue
. Ils peuvent paraître exagérés et pourtant ils sont fréquents et nous viennent d’autant plus naturellement que ce sont généralement les messages que nous avons-nous-mêmes entendus quand nous étions enfant. Ils sortent de notre bouche sans que nous ayons conscience de l’impact négatif et surtout improductif qu’ils peuvent avoir et sont souvent dits avec les meilleures intentions du monde. Sur le coup, nous avons vraiment l’espoir que l’enfant arrête immédiatement, qu’il comprenne en quoi son comportement n’est pas acceptable pour nous et nous dise : ah oui où avais-je la tête, pardon maman, je vais plutôt prendre une feuille et t’aider bien sûr à nettoyer le mur ! » Et tout ça avec le sourire !

La particularité de ces messages est qu’ils font porter la responsabilité du problème à l’autre. Ils sous-entendent : « tu es la cause de mon problème et de ce que je ressens ». Ils accusent, jugent, critiquent, blessent et par conséquent génèrent des réactions de défense (je contre attaque, je me replie ou je fuis). Ils sont appelés les « messages-tu ».


En atelier, je teste ces messages sur les participants en leur demandant de se mettre à la place de l’enfant
et je leur demande comment ils se sentent et s’ils ont envie de changer leur comportement (en l’occurrence d’arrêter d’écrire sur le mur). Et devinez quoi ? Ils me répondent à coup sûr :

« Je me sens blessé, vexé, en colère, j’ai envie de me fermer, je ne comprends pas ce qui m’arrive alors que j’étais tranquillement en train de m’amuser…, je me moque totalement de ce que tu me dis et je continue à écrire… » ou encore : » oui je vais arrêter mais je t’en voudrais, je me sentirais mauvais, coupable, apeuré… »


S’ils ne peuvent pas toujours l’exprimer, nos enfants ressentent la même chose que nous. Les messages qui ne fonctionnent pas sur nous ne fonctionnent pas plus sur eux. Et inversement !


Quand je dis un message qui « fonctionne » j’entends par là un message qui donne envie de coopérer, de bon cœur, dans le respect de soi et de l’autre. Or il semblerait que les « messages-tu » ne soient pas très efficaces sur ce plan là !

C’est pourquoi Thomas Gordon propose une alternative au « message-tu » : le « Message-je »

Ce qui dans cet exemple donnerait ceci :

« C’est la troisième fois que je te vois écrire sur les murs et je suis découragée parce que je vais devoir passer du temps pour nettoyer ».

Ou encore :

« C’est la troisième fois que je te vois écrire sur les murs et je suis contrariée/en colère car je veux garder mon mur blanc et propre et je vais devoir le repeindre ».

J’ai donc :

  1. décrit les FAITS
  2. exprimé mon RESSENTI
  3. expliqué les EFFETS CONCRETS sur moi

A l’inverse des trois premiers messages, ici j’ai été FACTUELLE. J’ai décrit ce que je voyais, sans exagérer, ce qui m’a permis au passage de faire une pause et de me recentrer. J’ai également attiré l’attention de ma fille sur ce qu’elle a fait et non sur ce qu’elle est ou sur ce qu’elle est supposée avoir l’intention de faire (ex : « tu es pénible, tu n’écoutes rien, tu es méchante, tu le fais exprès, tu me cherches… »).

En exprimant ce que je ressens, je suis VRAIE, je lui dis ce qui se passe réellement pour moi. J’ai confiance dans le fait que ma fille sera touchée et sensible à ce que je vis. Les jeunes enfants ont de l’empathie et cette faculté se développe d’autant plus vite qu’ils en reçoivent (à la hauteur bien sûr de ce que leur permet leur jeune cerveau en construction permanente !). Par ailleurs, plus nous sommes vrais avec nos enfants, plus ils le sont avec nous (et mieux ils vivent leurs émotions)

Enfin, en expliquant les effets concrets sur moi, je suis CREDIBLE et plus les effets sont concrets plus mon message a d’impact (ex : « Quand tu taches mon pantalon blanc, je passe du temps pour le nettoyer ou je dois dépenser de l’argent pour le faire nettoyer… » « Quand tu laisses tes patins dans l’entrée, je me prends les pieds dedans et je me fais mal !»)

Parfois, ressentis et effets concrets se mêlent : « Quand tu me marches sur les pieds, j’ai mal »…, « Quand tu me réveilles 3 fois la nuit, je suis fatiguée…, « quand tu marches près de la falaise, j’ai peur ». D’autres fois, il n’y a pas réellement d’effet concret : quand tu manges ta compote avant tes légumes… ??? Et là nous avons affaire à un jugement de valeurs (on doit manger son plat avant son dessert !)

Vous remarquerez que le « message-je » type NE CONTIENT PAS DE DEMANDE. L’idée est en effet de laisser l’initiative à l’enfant de voir lui-même comment il a envie de modifier son comportement. Et ce qui est intéressant, surprenant et réjouissant c’est qu’ils trouvent souvent des idées auxquelles nous n’avions pas pensé nous-mêmes ! Je crois que c’est le plus difficile pour nous qui sommes si souvent habitués à donner des solutions ou des injonctions, plus par manque de patience (ou peut-être de confiance en l’enfant) que par excès d’autoritarisme d’ailleurs. Essayez de simplement dire votre « message-je » et d’attendre la réaction de l’enfant (ça peut prendre quelques minutes). Vous verrez, c’est surprenant !

Alors bien sûr, le « message-je » est efficace avec les enfants de + de 3 ans. Avant cet âge ils sont trop jeunes pour comprendre les effets concrets et trouver des solutions alternatives. Dans ce cas, c’est à nous de leur donner une solution pour exprimer leur besoin tout en respectant les nôtres. Ici par exemple, je peux exprimer mon message (ce qui me permet au moins de clarifier mon besoin sans blesser l’enfant) et lui donner des feuilles pour écrire ou tout autre support acceptable pour moi (et pour lui/elle).

 

En résumé :

  1. Le problème appartient au parent quand le comportement de l’enfant le gêne et que lui ne voit pas/ne sait pas en quoi son comportement pose problème.
  2. Le « message-je » est un moyen d’attirer l’attention de l’enfant sur le problème du parent et de susciter sa coopération tout en préservant son estime et en développant sa confiance (et notre confiance mutuelle), son autonomie et sa créativité.

 

A retenir !

  • Plus le message est court, plus il a d’impact ! S’en tenir à la simple observation des FAITS peut s’avérer très efficace. (« Tes chaussures sont dans le passage ! »)
  • Tâchez d’être le plus AUTHENTIQUE possible (si vous dites « je suis un peu ennuyée alors que vous êtes excédée, le message n’aura pas l’effet escompté !)
  • Soyez PATIENT ! ce n’est parce que l’effet n’est pas immédiat que l’enfant ne vous a pas entendu. Certains enfants ont besoin de plus de temps que d’autres pour réagir.


 

 

 

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